Des Polaks en vert

Après les Polonais du RC Lens , les Polonais de l’AJ Auxerre et Des Polaks en bleu : Des Polaks en vert – Les Polonais de l’AS Saint-Étienne.

En septembre 1919, une convention d’immigration/émigration est signée entre France et Pologne afin de faciliter l’arrivée de travailleurs dans une France à reconstruire et qui devait faire face à de lourdes pertes humaines. C’est comme cela que plus de 500 000 Polonais habitaient en France entre 1919 et 1939 dont une partie dans la Loire (plus de 8 600 Polonais dans la Loire en 1931), venue pour travailler dans les mines de charbon du bassin houiller. De Marcin Mielkanek à Georges Bereta, en passant par Piotr Swierczewski et les frères Tylinski, retour sur l’apport des Polonais et enfants de Polonais à l’Association sportive de Saint-Étienne. 

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Avant la Seconde guerre mondiale, en dépit des nombreuses arrivées de travailleurs polonais dans le Forez, peu d’entre-eux ont évolué à l’ASSE. On note la présence de Stanislas Bartkowski (joueur passé par le CA Paris, l’US Boulonnaise, le FC Nancy, le FC Roubaix et l’ES Thaon-les-Vosges) en 1940-1942 et du mystérieux Marcin Mielkanek (mystérieux car on ne sait pas grand-chose sur lui non plus) entre 1943 et 1947. En 21 matchs, Mielkanek a inscrit 12 buts (dont trois doublés et un triplé).

Dans les années 1950, les frères Tylinski, Richard et Michel portent les couleurs stéphanoises. Richard Tylinski est né en 1937 dans l’Allier. Il débute le foot à La Combelle Charbonnier Association Breuil avant de rejoindre l’AS Saint-Etienne où il restera 13 ans (1953-1966) et gagnera le Championnat de France en 1957 et 1964, la Coupe de France 1962 et un Championnat de France de D2 en 1963. Il a été sélectionné à trois reprises en équipe de France dont une fois, le 28 septembre 1960 contre … la Pologne (2-2). Son grand frère Mieczeslaw dit « Michel » Tylinski, né en 1934 avait rejoint les Verts la même année que Richard (1953) mais il se blesse gravement cinq ans plus tard, ce qui met fin à sa carrière de joueur. Tout juste le temps de gagner le titre de champion de France 1957 (avec son frère) et une coupe Charles Drago en 1958.

Entre 1958 et 1962, Maryan Paszko, natif de Charbonnier-les-mines (Puy-de-Dôme) assurait l’intérim dans les cages de temps à autres. Il remporte la coupe de France 1962 avec l’ASSE avec Richard Tylinski.

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Maryan Paszko

1958, c’est aussi l’année qui marque les grands débuts de Roland Mitoraj. Enfants de Polonais, Roland Mitoraj est né en 1940 à Bourges. Mitoraj va connaître les belles heures de l’AS Saint-Etienne où il restera 12 ans (1958-1970) et gagnera 5 titres de champion de France (1964, 1967, 1968, 1969 et 1970) et deux Coupes de France (1968, 1970). Passé ensuite par le PSG (1970-1972 – champion de D2) puis les Girondins de Bordeaux (1972-1974), Mitoraj a connu 3 sélections en équipe de France en 1967 (face à la Pologne) et 1968.
Lors de la saison 1959-1960, Léon Glovacki rejoint les Verts. Né à Librecourt en février 1928, Glovacki commence sa carrière à Douai, puis à Troyes (1949-1952) au Stade de Reims (1952-1957), à Monaco (1957-1959) puis il rejoint Saint-Etienne le temps d’une saison avant de terminer sa carrière au Stade de Reims (1960-1962). Glovacki a porté le maillot de l’EDF à 11 reprises entre 1953 et 1955 et a participé à la Coupe du monde 1954 en Suisse.
En 1960-1961, Robert Szczepaniak commence sa carrière à Saint-Étienne. Très vite, il quitte le Forez et rejoint le RC Strasbourg (avec qui il gagne la Coupe de France en 1964 et en 1966). Passé ensuite par le FC Metz, Szczepaniak finira sa carrière à Besançon. Il a joué à 5 reprises en équipe de France entre 1967 et 1968.

Entre 1964 et 1966, Maryan Wisniewski grande gloire du RC Lens joue pour Saint-Étienne. Né le 1er février 1937 à Calonne-Ricouart (Nord-Pas-de-Calais), il évolue à Lens entre 1953 et 1963 avant de partir pour la Sampdoria (1963-1964) puis de revenir ensuite en France où il jouera successivement à Saint-Etienne (1964-1966), Sochaux (1966-1969) puis Grenoble (1969-1970).

MAGAZINE ST ETIENNE
Maryan Wisniewski

Arrivé au club dès le début des années 1960, Georges Bereta joue (et perd) une finale de Gambardella en 1964 puis signe pro en 1966. Georges Bereta ne repartira de Saint-Étienne qu’en 1974 dans des conditions particulièrement hostiles. A l’hiver 1974-1975, il rejoint l’OM dans un contexte où les transferts se font rares (eh oui ! …) et où quitter son club formateur pour un club ennemi est perçu comme une véritable traîtrise.

Georges Bereta reste une figure incontournable de l’ASSE, club avec lequel il gagne six titres de champion de France (1967, 1968, 1969, 1970, 1974 et 1975) et trois coupes de France (1968, 1970, 1974). Bereta a porté le maillot de l’équipe de France à 44 reprises (4 buts).

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Roland Mitoraj (debout, 2ème en partant de la droite) et Georges Bereta (1er rang, 1er en partant de la gauche).

Du départ de Bereta à l’arrivée de Janusz Kupciewicz en 1983, l’ASSE ne comptait pas de joueurs polonais dans ses rangs. Né à Gdansk le 9 décembre 1955, Kupciewicz commence sa carrière à Olsztyn (Warmia puis Stomil) avant de rejoindre l’Arka Gdynia, club avec lequel il remporte la Coupe de Pologne en 1979, où il restera 8 ans (1974-1982). En 1978, Kupciewicz participe à la Coupe du monde en Argentine et en 1982, il fait partie de l’équipe qui termine à la troisième place du mondial espagnol. Le milieu offensif rejoint ensuite le Lech Poznan, le temps d’une saison (1982-1983) et d’un titre de champion de Pologne. Kupciewicz arrive à Saint-Etienne en 1983, saison cauchemar. Exit Janvion, Battiston, Larios, Genghini Johnny Rep ou Paganelli et après 21 ans au plus haut niveau et après avoir écrit les plus belles pages du foot français, les Verts descendent en 2ème division. Cette saison 1983-1984, les Stéphanois terminent le championnat à la 18ème place (devant Nîmes et Rennes) et doivent jouer les barrages contre le Racing Paris. Un match nul (0-0 à l’aller) et une défaite au retour condamne les Verts. La saison suivante, Henryk Kasperczak prend la tête de l’équipe. Les Verts se classent seconds du groupe B du championnat de D2 (longtemps, le championnat de D2 a été divisé en deux groupes) et doivent rencontrer Rennes (3ème du groupe A) en pré-barrage (ou demi-finale de barrage). Les joueurs de l’ASSE s’inclinent 2-0 et sont condamnés à rester en Division 2. La suite de la carrière de Kupciewicz se déroule successivement à Chypre (AE Larissa), au Lechia Gdansk (1986-1988) puis en Turquie (Adanaspor), sans grand succès.

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Henryk Kasperczak reste un joueur emblématique de l’équipe nationale polonaise, du Stal Mielec, du Legia Varsovie et du FC Metz. Il arrive à Saint-Etienne en 1984, juste après son succès en Coupe de France avec le FC Metz. Avec Thierry Oleksiak, Jean Castaneda, Patrice Ferri et Roger Milla dans les rangs, les Stéphanois ratent la montée de justesse en 1985. La saison d’après, Kasperczak ramène Tony Kurbos dans le Forez et l’ASSE dans l’élite. Saison 1986-1987, les Verts se maintiennent en décrochant une seizième place et Kasperczak quitte le club pour le RC Strasbourg, club avec lequel il sera champion de D2 en 1988. Bastia, Wisla Cracovie, Gornik Zabrze, Mali, Tunisie, Maroc…

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Milla et Kasperczak

Le club arrive à se maintenir tant bien que mal en première division et enrôle un jeune polonais prometteur en 1993 : Piotr Swierczewski. Swierczewski évoluait au GKS Katowice (1988-1993) lorsqu’il devenait vice-champion olympique aux JO de Barcelone en 1992 aux côtés de Jerzy Breczek et Andrzej Juskowiak. En 1993, Piotr Swierzewski alors âgé de 21 ans débarque dans le Forez où il passe deux saisons. Lors de sa première saison, le Polonais et ses coéquipiers (Laurent Blanc, Sylvain Kastendeusch, Gérald Passi, Joseph-Antoine Bell) se classent dans le ventre mou du championnat (11ème). La saison suivante, ils finissent à la 18ème place (on se souvient de l’épisode où Didier Sénac piétine le visage d’un Swierczewski alors tout jeune et très calme…) ,sont relégables MAIS… grâce à l’affaire OM-VA, les Stéphanois sont maintenus en première division.

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A l’été 1995, Swierczewski part à Bastia (1995-1999), tente une aventure au Japon (Gamba Osaka 1999) avant de revenir en Corse (Bastia 1999-2001). En 2001, Tapie tente un retour à l’OM et Swierczewski s’inscrit alors comme joueur clé du nouveau projet. Hélas, c’est le bide. En 2001-2002, les Marseillais finissent 9ème. La saison suivante, ils arrachent une 3ème place et une qualif’ en coupe d’Europe mais Piotr Swierczewski tente l’aventure anglaise à Birmingham où il ne joue jamais. C’est un véritable échec pour le joueur qui décide alors de retrouver le championnat polonais quitté dix ans plus tôt. Swierczewski enchaîne alors les clubs : Lech Poznan (2003-2004) passage fantôme par le KS Cracovia puis retour au Lech Poznan (2005-2006), Dyskobolia Groclin Grodzisz (2006-2007) passage éclair au Korona Kielce (2007-2008) avant de revenir au Dyskobolia puis de passer à nouveau furtivement au Polonia Varsovie (2008-2009) puis au LKS Lodz la même année. En 2009, il rejoint le Zaglebie Lubin où il joue la moitié de la saison avant de revenir au LKS Lodz pour la seconde partie de la saison.
S’il n’a soulevé aucun trophée avec les Verts, il a remporté une Coupe Intertoto en 1997 avec Bastia, quatre coupes de Pologne (1991 et 1993 avec Katowice, 2004 avec le Lech Poznan et 2007 avec Dyskobolia Groclin), deux coupes de la ligue (2007 et 2008 avec Groclin) et deux super-coupes de Pologne en 1992 avec Katowice et 2004 avec Poznan).
Piotr Swierczewski compte 70 sélections avec la Pologne (pour un seul petit but) et une participation à la (parodie) de Coupe du monde 2002.

Aussi combatif dans la vie que sur le terrain, Piotr Swierczewski a été sanctionné par la fédération polonaise de football suite à des frictions et insultes avec le journaliste Adam Godlewski, puis a frôlé la case prison (avec Radoslaw Majdan) pour une autre affaire de « frictions et insultes » avec des policiers en juillet 2008 à Mielno. Comme Piotr aime visiblement la baston, il s’est mis au MMA et a combattu pour la première fois en décembre dernier. Victoire, évidemment !…

En 1996, Saint-Étienne redescend en deuxième division avant de remonter en 1999 et de redescendre deux saisons plus tard. Après la réussite Swierczewski, l’ASSE recrute Marcin Kuzba en 2001 pour tenter de retrouver l’élite. Si l’on se souvient du serial-buteur du côté de Cracovie (21 buts en 27 matchs, la saison du doublé-Coupe-Championnat en 2002-2003), à Saint-Etienne comme à Auxerre, c’est visiblement le fantôme du joueur qui prenait sa place. Chez les Verts, Kuzba ne joue qu’une seule saison (2001-2002) où il inscrit 4 petits buts en 27 matchs…

Kuzba a joué aussi au Gornik Zabrze (1995-1998), à Lausanne (1999-2001 – où il inscrit 35 buts en 70 matchs) et à l’Olympiakos (2003-2004). Marcin Kuzba a été selectionné à six reprises en équipe nationale polonaise entre 1995 et 2003 (où il a marqué deux buts). Kuzba n’était pas du voyage pour la (parodie de) Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon. Le prix à payer de l’irrégularité.

En 2004, l’ASSE retrouve l’élite. Puis un an plus tard, le dernier « international polonais » à jour sous le maillot stéphanois,  Damien Perquis débarque dans le Forez. Passé par Troyes puis l’INF Clairefontaine (1997-2000) avant de rejoindre l’ASSE en 2005 où il ne restera que deux ans, Perquis enchaîne ensuite Sochaux (2007-2012), le Bétis Seville (2012-2015, club où il remporte le seul titre de sa carrière : champion de D2 en 2015), le Toronto FC (2015-2016), Nottingham forrest (2016-2017) puis le Gazelec Ajaccio où il a terminé sa carrière l’an passé.  Sélectionné à trois reprises sous le maillot de l’équipe de France espoirs, Perquis a obtenu la naturalisation polonaise (car il avait une grand-mère polonaise…) et a porté le maillot rouge et blanc à 14 reprises entre 2011 et 2013. Clairement en manque de joueurs, il fait partie du naufrage de l’Euro 2012 joué à domicile. Arrivé en sélection, Perquis se fait baptiser par l’ancien portier des Aigles de Gorski, Tomaszewski, ancienne gloire à la grande bouche et au petit cerveau, qui déclare à son sujet : « Et dire qu’il enfile le maillot avec l’aigle blanc, celui pour lequel nous, les vrais Polonais, avons gagné des médailles. Une ordure française qui n’a pas réussi chez elle » What else…

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Finaliste de la Coupe de France 2020, Timothée Kolodziejczak est le dernier « Polak » stéphanois. Né à Arras et formé à Lens, Kolo rejoint Lyon en 2008. Vainqueur du championnat d’Europe U19 en 2010 sous la houlette de Smerecki et en manque de temps de jeu à Lyon, Kolo rejoint Nice entre 2012 et 2014 puis pose ses valises à Séville (FC Séville – 2014-2016) où il remporte la Ligue Europa en 2015 et 2016 aux côtés de Gregorz Krychowiak. En 2017, c’est le passage à vide, Kolo signe au Borussia Mochengladbach où il ne joue pas puis rejoint les Tigres de Gignac. Depuis 2018, Kolo est prêté à l’ASSE.

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Pour l’anecdote, c’est au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne que, le samedi 25 juin 2016, la Pologne battait la Suisse en 1/8ème de finale de la compétition, dans un match épique. Comme un clin d’œil du destin…

 


 

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