Brève histoire de la sélection silésienne

La Silésie est à la Pologne ce que le Nord-Pas-de-Calais est à la France. Une région minière, assez triste puisque au fil du temps et au gré des fermetures de mines, les paysages sont hantés par les friches industrielles de ce passé proche. Et comme les gens du Nord (pour paraphraser Enrico), les Silésiens se démarquent par leur sens de l’autodérision, un accueil toujours chaleureux et une convivialité significative. Signalons aussi que cette région ne se limite pas à un paysage industriel et qu’elle abrite en son sein une ville magnifique et à découvrir absolument,  la capitale culturelle 2016 : Wroclaw. La Silésie est une région qui a une place à part en Pologne, entre autre marquée par ses nombreuses années sous domination de l’Allemagne. Puis la Silésie est la région qui donne le plus de clubs en Ekstraklasa (Zaglebie Lubin – Slask Wroclaw – – Ruch Chorzow – Bielsko-Biala – Piast Gliwice) et en seconde division (l’actuel leader Zaglebie Sosnowiec – Gornik Zabrze – GKS Katowice). Outre les clubs, on le sait un peu moins mais la Silésie a aussi son équipe nationale qui jouait son premier match le 18 juin 1920 à Lipiny (un quartier de la ville de Świętochłowice) face au Czarnym Lwow (défaite 8-3 des Silésiens).

Une région déchirée après 1919

En 1919, le Traité de Versailles faisait renaître la nation polonaise (disparue depuis 1795) en attribuant 54 000 km2 de territoires issus de l’ancien territoire impérial allemand et situés en partie, en Silésie. L’incertitude des Alliés quant à ces attributions de territoires devait donner lieu à un plébiscite. En attendant ce vote qui devait se dérouler en 1921, c’est les forces alliées qui occupaient ces territoires et veillaient en gouvernant pour partie, par le biais de commissions alliées et pacifiées, afin de réunir les conditions nécessaires au bon déroulement du vote qui déciderait de l’avenir de ces régions.
En attendant, la situation était explosive dans la région et le 15 août 1919, des gardes-frontières allemands massacraient dix civils silésiens dans la mine de Mysłowice. Ce drame marquait le début de la Première insurrection de Silésie contre l’autorité allemande en Haute-Silésie. Le mouvement de protestation était marqué par une grève générale de 140 000 mineurs polonais qui exigeaient alors que la police et les autorités de la région soient composées aussi bien de Polonais que d’Allemands afin d’éviter de nouveaux débordements. Il aura fallu l’intervention de plus de 20 000 soldats de l’Armée nationale de la République de Weimar et de 40 000 soldats réservistes pour réprimer le soulèvement. Suite à cette première insurrection, près de 2 500 Polonais étaient emprisonnés ou exécutés. Près de 20000 Polonais quittaient la région et se réfugiaient dans la Deuxième République de Pologne. Leur retour s’avérant possible lorsque les forces alliées rétablissaient l’ordre dans la région et mettaient fin à la répression.

1009154-la_pologne_entre_1918_et_1939

En 1920, la seconde insurrection éclata. Le 19 août les Polonais prenaient le contrôle des bureaux gouvernementaux dans les districts de Katowice et Pszczyna. Entre le 20 et 25 août, la rébellion se propageait à Chorzów,Tarnowskie-Góry, Rybnik, Lubliniec et Strzelce Opolskie. La Commission alliée déclarait son intention de rétablir l’ordre, mais les divergences internes entre Britanniques et Français l’empêchaient d’agir. Il faudra attendre septembre, pour que les alliées mettent terme au soulèvement en répondant favorablement aux demandent qui émanaient des Polonais. Entre autre, ils obtenaient la dissolution de la police secrète et la création d’une nouvelle police composée à moitié de Polonais. De plus, ils étaient dorénavant admis dans l’administration locale.

En 1921, le plébiscite de Haute-Silésie se déroulait. Cette consultation, organisée en application de l’article 88 du traité de Versailles, avait pour objectif de déterminer la frontière entre Pologne et Allemagne entre autre, en Silésie. Après les deux insurrections, le vote pouvait se dérouler dans le calme sous le contrôle des troupes françaises, britanniques et italiennes.
Le résultat du vote était flou et la confusion régnait toujours. La totalité des villes et la majorité des villages donnaient une majorité au rattachement à l’Allemagne. Mais les districts de Pszczyna, Rybnik, Tarnowskie Góry, Gliwice, offraient une forte majorité au rattachement à la Pologne. On arrivait ainsi à une quasi-égalité puisque, d’un autre côté, les districts de la zone industrielle (Bytom, Zabrze, Katowice, Chorzow) étaient majoritairement en faveur d’un rattachement à l’Allemagne. Au sein de la commission interalliée, les alliés étaient en désaccord sur interprétation des résultats, les Britanniques proposant une frontière plus à l’Est que les Français, ce qui laissait moins de territoires industrialisés à la Pologne.
Fin avril 1921, le parti pro-polonais craignant que la partition se fasse selon le tracé britannique, lançait une nouvelle insurrection populaire. Wojciech Korfanty prenait la tête de ce soulèvement, qui opposait lors de violents combats Allemands et Polonais. Douze jours après le déclenchement de l’insurrection, Korfanty proposa de stopper ses troupes derrière une ligne de démarcation (la ligne Korfanty), à condition que les territoires libérés soient occupés par des forces alliées et non par les troupes allemandes, ce qui fut le cas le 1er juillet 1921.
La Société des Nations imposa un cessez-le-feu et décida la répartition. La Pologne se voyait alors attribuer environ un tiers du territoire plébiscitaire, incluant la majeure partie de la zone industrialisée de Haute-Silésie.
Les minorités allemandes en Silésie polonaise subissait souvent répressions et vexations. Il en était de même pour la minorité polonaise en territoire allemand.

Le temps des rencontres Silésie allemande-Silésie polonaise et Silésie polonaise-Pologne

Puis Silésie polonaise et Silésie allemande s’affrontaient, au cours des années 1920 et 1930, essentiellement, sur le rectangle vert.
Dans les années 1920 et 1930, les matchs opposaient la sélection de la Silésie polonaise face à la Silésie allemande. Le 7 décembre 1924 à Katowice, les deux sélections faisaient un match nul 3-3. L’année suivante à Bytom, la Silésie allemande s’imposait 3-1. Le 1er mai 1927, les deux sélections s’affrontaient à nouveau et faisaient un match nul (2-2). Un mois plus tard, le 16 juin, la Silésie allemande s’imposait 2-1. Les deux équipes se retrouvaient en juin 1928 (victoire de la Silésie allemande 4-2) et en décembre 1928 à Katowice (victoire 2-0 de la Silésie polonaise). L’année suivante, la Silésie allemande s’imposait en mai (3-2) et la Silésie polonaise remportait le match (1-0) d’octobre 1929.
Le 19 octobre 1930, sur le terrain du SC Preußen Hindenburg (Zabrze appelait alors Hindenburg) la Silésie allemande s’imposait 2-0. L’année suivante , le 20 septembre 1931, sur la pelouse du Pogoń Katowice, la Silésie polonaise s’imposait 2-1. L’année suivante, lors du match de mai 1932, c’est la Silésie allemande qui remportait le match (1-0) Cette même année 1932 est aussi celle de premier match entre sélection silésienne et sélection polonaise . Le 30 octobre, la sélection polonaise s’imposait 1-0 à Katowice. L’année suivante, il n’y avait pas de match entre les deux Silésie mais à nouveau un match face à la sélection polonaise, le 4 octobre 1933 au stade Policyjnego KS (de la rue Moniuszki) de Katowice (où jouait alors le Diana Katowice).

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Sélection polonaise avant la rencontre face à la Silésie polonaise en 1933

Cette même année 1933, l’arrivée d’Adolphe Hitler au pouvoir, réamorçait les conflits dans cette région et des nouvelles répressions commençaient, entre autre, dans la région d’Opole. En 1934, les rencontres du 19 mars (nul 0-0) et du 16 septembre (victoire 0-2 de la Silésie allemande) étaient marquées par l’invasion de signes du nouveau régime nazi. Les joueurs de l’équipe de la Silésie allemande effectuaient pour la première fois le salut nazi.

16091934selectionsilesieallemandeSélection de la Silésie allemande en septembre 1934

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Sélection de la Silésie polonaise en septembre 1934

En 1935, c’est au Stade Adolf Hitler de Zabrze construit un an avant (et devenu aujourd’hui Ernest Pohl) que se joue le match entre la Silésie allemande et la Silésie polonaise (match nul 3-3) . La même année à Katowice, le 1er septembre, la Silésie polonaise battait largement la sélection de la Silésie allemande 9-1 !
Enfin, entre 1936 et 1939, les deux Silésie se sont rencontrées à cinq reprises (quatre victoires de la Silésie polonaise à une pour la Silésie allemande). Parallèlement, le 28 mars 1937, la sélection silésienne joue et perd un match face à la sélection polonaise (3-2). Le 9 juin 1937, la sélection de Silésie jouait une rencontre face à une sélection du Pays basque (victoire 4-3 des Basques) menée par le meilleur buteur de l’histoire du club d’Oviedo Isidro Lángara.

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Match entre Silésie polonaise et sélection basque de juin 1937

Après 1945

Après la Seconde guerre mondiale, la sélection silésienne joue le 16 juin 1946 face aux soldats de l’Armée du Rhin (victoire 3-2 des Polonais). En 1948, la sélection silésienne s’impose 2-1 face à Prague puis en 1952 face à Pekin (victoire 5-1 des Silésiens avec un triplé du joueur du Polonia Bytom, Kazimierz Trampisz et un doublé de Gerard Cieślik, joueur du Ruch Chorzow). En 1953, la sélection silésienne reprenait ses oppositions face à la sélection polonaise (défaite 3-2 des Silésiens en avril et match nul 3-3 en septembre).
Puis il faudra attendre 21 ans pour revoir la sélection silésienne jouer face à la Tanzanie.au Stadion Śląski de Chorzow le 22 juillet 1974 (victoire 7-2 des Silésiens avec un triplé de Joachim Marx)

2006 Match de solidarité avec les mineurs d’Halemba

Le dernier match de la sélection silésienne s’est déroulé le 22 décembre 2006 et opposait Silésiens et sélection polonaise (match nul 1-1) au stade de Chorzow. Ce match était organisé pour venir en aide aux familles des mineurs d’Halemba morts lors d’un coup de grisou le 21 novembre 2006 (23 mineurs). Le but silésien étant inscrit par le joueur du Piast Gliwice, Adam Kompala à la 12ème minute. La sélection polonaise égalisait sur un but de Garguła à la 58ème minute.

La sélection silésienne comptait dans ses rangs des joueurs comme Damian Seweryn, Błażej Radler (Gornik Zabrze) Daniel Treściński (Zaglebie Sosnowiec) Jacek Broniewicz (Polonia Bytom) Mariusz Muszalik (Odra Wodzislaw) et Tomasz Moskal (Gornik Polkowice). La légende du Ruch Chorzow et du Panathinaikos Athènes Krzysztof Warzycha avait même rechaussé les crampons pour l’occasion.  Łukasz Fabiański, Wojciech Łobodziński, Marcin Wasilewski, Jakub Wawrzyniak, Maciej Iwański et Łukasz Piszczek portaient le maillot polonais ce jour de décembre 2006.

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Match de décembre 2006

La Silésie, toujours question épineuse et point de tension

La gestion des minorités et de ce passé sous domination allemande revient souvent à la Une des journaux en Pologne. Ainsi, en 2010,sur le site Internet du parti autonomiste de Silésie (RAS) la photo d’un homme membre du parti autonomiste de Silésie (Ruch Autonomii Śląska) posant devant une plaque commémorative avec des mots en langue allemande « Gefallenen den Zum » (En mémoire des morts),et des drapeaux de la Silésie allemande et Silésie actuelle faisait scandale. Le Mouvement autonomiste de Silesie était ouvertement accusé d’être « une organisation pro-allemande dont le véritable objectif était de favoriser le retour de la Silésie à l’Allemagne » Le RAS étant alors désigné comme la « cinquième colonne allemande en Pologne »  La photo était alors très vite retirée du du site de Rãs. Jarosław Kaczyński déclarait alors: «Être un Silesien est un moyen simple de couper les liens [avec une identité polonaise], et cela peut en effet, être un moyen de camoufler une identité allemande ». Lors d’une conférence de presse plus tard, l’ancien premier ministre disait que tous ceux qui ont déclaré leur nationalité silésienne revenait en quelque sorte à « déclarer sa germanité ». Au recensement de 2011, plus de 800 000 citoyens polonais se déclaraient comme « Silésiens ». De quoi faire ou refaire quelques équipes nationales de Silésie…

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