Plus qu’un stade

Le 29 janvier dernier, après quelques matchs du dernier Championnat d’Europe des nations et l’épisode comique du toit amovible qui ne se rétracte pas sous le poids de la pluie (avant la réception de l’Angleterre à l’automne dernier), le Stade national de Varsovie (Stadion narodowy) fêtait son premier anniversaire à l’emplacement même du Stade du 10ème anniversaire (Stadion Dziesięciolecia). Tout un symbole.

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Le Stadion Dziesięciolecia – Volonté communiste.

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C’est au début des années 1950 que naît l’idée d’un grand stade national dans la capitale afin d’y organiser (entre autre) les grandes parades et manifestations du régime communiste. En 1953, l’Association des architectes Polonais organise un concours (remporté par un groupe de jeunes architectes Jerzy Hryniewiecki, Zbigniew Ihnatowicz et Jerzy Soltan) Dès 1954, les travaux débutent. Les architectes sont tenus de respecter un certain réalisme-socialiste dans la conception de ce projet ce qui va semer le désaccord et la confusion entre eux. Soltan et Ihnatowicz quittent le projet. Jerzy Hryniewiecki constitue une nouvelle équipe d’architectes et continue la construction du stade.

Pour créer le talus sur lequel sera basé les gradins, ils utilisent des gravats des destructions et bombardements de la Seconde guerre mondiale (entre autre ceux de l’insurrection du Ghetto de Varsovie). Symbole d’un nouveau régime communiste qui bâtit sur les ruines d’un passé proche.

Le Stade du Dixième anniversaire est sobre, très sobre (du style réalisme-socialiste), c’est du béton (beaucoup de béton) des tribunes (avec des bancs de bois) découvertes et exposées au vent, à la pluie, au froid et à la neige (un Stade Vélodrome version France 98 avant l’heure) pouvant accueillir 71 000 personnes (il y aura parfois plus de 100 000 personnes lors de certaines manifestations, on se sert c’est pas grave…)

Le Stadion Dziesięciolecia c’est évidemment, un terrain de foot entouré d’une piste d’athlétisme, un parking pour 900 véhicules (on pouvait presque y stationner l’ensemble des véhicules de pays en circulation à l’époque…) une salle d’entraînement, un petit parc, une salle de presse …

Ce stade est terminé après seulement 11 mois de construction et inauguré le 22 juillet 1955, Journée polonaise de la renaissance nationale, fête « nationale » la plus importante sous l’ère communiste, jour qui commémore la signature du manifeste qui fera entrer la Pologne sous joug soviétique pendant près de 50 ans (plus exactement, il s’agit de la date de la signature du manifeste signé par le Comité polonais de libération nationale et par Staline en 1944).

Varsovie 1, Stalinogrod 2.

Lors de cette journée d’inauguration, parades de sportifs, démonstrations, folklore (en Pologne, c’est pas ça qui manque…) et en point d’orgue, un match de foot entre Varsovie et Katowice alors appelée Stalinogrod (« Staline-Ville » nom donné sous le coup de l’émotion après la mort de Staline en 1953. La ville gardera ce nom 3 ans jusqu’en 1956). Bien entendu c’est ‘Stalinogrod’ qui l’emporte 2 à 1…

Le stade devient ensuite terrain de jeu de l’équipe nationale, des derbys varsoviens (Polonia-Legia) et de toutes les finales nationales (Coupe de Pologne) mais aussi de compétitions d’athlétisme. Le stade devient surtout lieu des grands rassemblements de propagande du gouvernement pro-soviétique. Mais ce stade va aussi être le théâtre de faits hostiles au pouvoir en place.

Ryszard Siwiec

En septembre 1968, au cours d’une fête folklorique nationale (Dożynki ou fête des vendanges, fête de la moisson) Ryszard Siwiec (père de 5 enfants originaire de Przemyśl et ancien professeur devenu comptable après avoir refusé d’enseigner dans une éducation nationale Polonaise alors sous influence soviétique) s’immole en signe de protestation contre l’agression militaire du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie quelques instants après le discours de Wladyslaw Gomulka (Président de la République populaire de Pologne de 1956 à 1970) sous les yeux des 100 000 spectateurs, dirigeants du pays et diplomates étrangers invités pour cette parade de propagande.

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Le pouvoir en place tente de passer sous silence l’acte de Siwiec ou de le minimiser en disant que Siwiec était un alcoolique malade mental (beaucoup d’opposants politiques étaient internés en hôpitaux psy’ et déclarés comme malades mentaux. Lire Vladimir Boukovsky, Une nouvelle maladie mentale en URSS : L’opposition, Seuil)…

Siwiec décède de ses brûlures 4 jours plus tard et ses funérailles à Przemysl tournent à la manifestation politique contre le pouvoir en place. .
En octobre 2011, une rue nouvelle qui mène au nouveau Stade national lui est dédiée.

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Jean Paul II

En 1983, Jean-Paul II revient au bled apporter un soutien non dissimulé aux membres de Solidarnosc. A Varsovie, il célèbre une immense messe au Stade du Xème anniversaire en plein Etat de siège. Bien entendu, la célébration vire au meeting pro-Solidarnosc comme nombre de très grandes visites et célébrations de Jean Paul II au cours des années 1980.

Marché aux puces

Le 17 avril 1984, la sélection nationale dispute son dernier match au Stadion Dziesięciolecia (match de qualif’ pour le Championnat d’Europe face à la Finlande). Après, le stade tombe en ruine et la réparation ou la reconstruction sont alors considérés comme non rentables. En 1989, le stade est loué par la ville de Varsovie à une société commerciale (Damis). Un « marché » s’installe alors tout autour des gradins, sur le remblais et devient rapidement un point névralgique de tous les trafics du pays (armes, alcool de contrebande, cigarettes, CD piratés…). En septembre 2007, le contrat avec la société Damis a pris fin tout comme le « marché » détruit en 2008. Les travaux pour la construction du nouveau Stade national débutent alors sur ce lieu, symbole d’une renaissance polonaise post ère communiste.

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